Du bon bio-carburant qui tue

Publié le par Claire

Le bio-carburant, moi aussi, il y encore un an, je pensais que c´était génial. Parce que l´essence, on sait que ça pollue, c´est noir et ça pue. Mais du carburant fait à base de plantes, c´est vert, c´est "bio", ça pourrait presque se boire comme une tisane...
C´est un peu la vision qu´on en a depuis l´Europe, et en effet, lorsqu´il sort du pot d´echappement, le "bio"-carburant est (paraìt-il) moins polluant que l´essence. Par contre, en amont, c´est tout autre chose. Une fois de plus, le Nord veut se donner bonne conscience au détriment du Sud. Car pour les pays producteurs de matière première pour le "bio"-combustible, c´est une vraie catastrophe écologique et humaine.
Prenons l´exemple du Paraguay, ce pauvre petit pays enclavé entre l´Argentine, le Brésil et la Bolivie (il se passe à peu près la même chose en Argentine et au Brésil, d´ailleurs).

Bueno. Comment produit-on du "bio"-carburant?
Le "bio"-carburant est fait à base de soja. Le soja est cultivé en cultures extensives, et il s´agit, bien entendu, de soja transgénique. Le Paraguay était un pays à structure rurale, avec des petits paysans qui avaient juste leur lopin de terre pour survivre (en particulier dans la zone orientale) et de grands estancieros qui faisaient (et font toujours) de l´élevage de bovins (plutôt dans la zone occidentale, le Chaco). Pour pouvoir faire leur culture extensive de soja, les grandes entreprises ont du acheter des terrains, du côté l eplus fertile, là où la population est la plus importante (zone orientale). Les entrepreneurs sont donc venus et ont proposé aux petits paysans des sommes misérables pour leur lopins de terre. Les paysans les moins malins ont accepté, parce qu´ils n´avaient jamais vu autant d´argent de leur vie. Il se retrouvent maintenant dans la misère des favelas des ceintures de pauvreté des villes, sans travail, et sans plus un bout de terre pour faire pousser de quoi manger. Les paysans plus malins, ont refusé de vendre leurs terres, mais les cultures de soja transgénique les ont peu à peu encerclés, certains ont carrément été menacés, assassinés, etc, et d´autres, plus subtilement, voient leurs cultures, leurs maisons et leurs enfants, périodiquement assaillis par les pesticides. On compte déjà au moins une dizaine d´enfants qui sont morts ces dernières années à cause des pesticides.
Nous avons donc des milliers de personnes réduites à la misère et ce sont en partie les filles de ces paysans délogés par le soja de l´agrocombustible que nous accueillons à Luna Nueva.

Cela, pour le côté humain.
Du côté écologique,
ce sont des miliers de kilomètres carrés de terre qui seront épuisés par cette culture unique, la perte de la biodiversité et une déforestation massive (de l´Amazonie, par exemple, alors que l´Union Européenne s´est donnée pour objectif de consommer 10% d´agrocombustibles en 2012). Tout cela amenant au renchérissement des produits de consommation de base, qu´il faut importer, et encore plus de misère...
Faut-il préciser que les bénéfices vont à des grandes entreprises étrangères et qu´il n´y a aucune répercussion positive au niveau national?
En vivant au Paraguay, il est possible d´observer les répercussions qu´a le soit disant "bio"-carburant sur la vie quotidienne des habitants, sur la disparition de la faune et de la flore, sur le renchérissement des prix, sur les violations des droits de l´homme et la santé publique.
Alors qu´on arrête de nous présenter ce carburant comme la solution écolgique pour remplacer l´essence!!

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