Maigres Manifestations
9 heures, sur la place qui côtoie le bâtiment moderne du Sénat, face au « barrio chino »,un petit bidonville, une centaine (200 – 300 – 400 ?) de manifestants se retrouvent pour protester contre les modifications du Code Pénal. Ils viennent tous, ou d´ONGs, ou de partis politiques de gauche ou d´organisations paysannes. Des juristes, des leaders politiques ou communautaires, interviennents sur la tribune en guarani et en espagnol et commentent l´avancement des discussions à l´intérieur du Sénat. Les manifestants sont là, bras-ballants, quelques tambours résonnent, le visage de Che Guevara bat le vent sur de nombreux drapeaux, mais rien qui ne s´approche un minimum d´une petite manif française. C´est comme si la bataille était perdue d´avance, comme si tous étaient résignés. Des policiers sont accoudés aux barrières qui séparent la place du Congrès. Les « casques bleus », la police anti émeute, est plus loin, attendant l´oportunité d´intervenir. Peu de cris, peu de slogans. Le calme.
Et je me demande, pourquoi ? Pourquoi le peuple laisse-t-il voter des lois qui portent atteinte à ses libertés fondamentales, qui ne respectent pas les accords internationaux conclus, qui veulent museler le peuple ? Mais le peuple sait-il seulement ? J´ai l´impression que l´information circule entre un petit groupe d´activistes, dans le milieu des ONGs, mais qu´elle n´est pas relayée à grande échelle. Le pays est sorti de la dictature il y a moins de 20 ans, ce qui peut expliquer qu´il n´y ait pas de culture de la protestation sociale. Ceux qui jusqu´à présent se faisaient le plus entendre sont les paysans sans terre, mais avec l´approbation de cette nouvelle loi, ils seront considérés comme des terroristes et emprisonnés. Il n´y a pas de grand mouvement de masse, pas d´entrain populaire.
Les parlementaires votent des lois qui vont dans le sens de leurs intérêts personels et ceux de leur caste de grands estancieros, propriétaires terriens, mafieux, tandis que le maigre peuple qui se rassemble est enserré par des policiers qui parfois n´hésitent pas à tirer. ¡Qué lástima!