mot buoi toi thu vi
Ce qui signifie « une soirée intéressante ». Chi, car c’est toujours grâce à lui que je passe les meilleurs soirées, m’a emmenée dans un café au fond d’une ruelle (et qui d’ailleurs s’appelle « café du fond de la ruelle »), où on donnait un concert de compositions de Trinh Cong Son, un célèbre compositeur vietnamien mort en 1991. Le café au fond de la ruelle est une vielle maison aux poutres de bois recouvertes de tuiles, l’entrée voûtée est en pierre sculptée, une cour arborée est attenante à la pièce principale aux murs de laquelle s’alternent peintures abstraites, tableaux en céramique de Bat Trang, calligraphies, et une photo d’Ernesto Guevara et de son fameux cigare. Bref, une ambiance mêlant le « vieux Vietnam » que l’on ne retrouve guère que dans les gravures d’une certaine époque et le « Vietnam alternatif », très dificile à trouver. Un violon, une guitare et un « dan nhi », instrument à deux cordes frottées par un archet, se faisaient tour à tour accompagner par le piano électrique, une belle musique calme et mélancolique et souvent même intense. Je sirotais un « ruou sua » (une liqueur à l’orange dans du lait battu ?) et Chi un « ca fé da » et nous parlions de la société vietnamienne et de ses possibilités d’évolution et du courage qu’il faut pour rompre avec la génération de ses parents. Mais les jeunes vietnamiens ne sont pas des rebelles et ne veulent surtout pas –crime suprême – risquer de faire de la peine à leurs tortionnaires inconscients de parents, donc, les changements seront lents et progressifs. Pour l’instant les parents décident encore beaucoup à la place de leurs enfants (ou exercent une telle pression sur eux qu’il faudrait décider de détruire les liens familiaux sacrés pour s’y opposer). Et ça me fait de la peine de voir mes amis dans cette situation, moi qui la vie est facile, mes aînés ayant déjà engagé la révolution sociale dans les années 1970 (quoi qu’il faille peut être se méfier aujourd’hui de mes réactionnaires de contemporains).
D’après ce que j’ai compris, Trinh Cong Son était à sa façon un « rebelle » puisqu’il a écrit des chansons contre la guerre qui ont été interdites à l’époque. Le Vietnam bien caché au fond des ruelles n’a souvent rien en commun avec celui des grandes avenues. On y trouve les oiseaux rares qui pensent différemment, les musiciens ni pop ni vieilles complaintes geignardes, les ambiances ni brasserie à beauf ni tentative d’imitation de café design pour jeunes friqués en Vespa.
Bref, une soirée qui commençait à me réconcilier avec Hanoi… sauf que le charme a été rompu à un carrefour en rentrant chez moi, alors que j’ai failli pour la énième fois me faire désarçonner par des imbéciles qui brûlaient un feu rouge – mais que j’ai réussi à frapper au passage – aaaahhh enfin, ça soulage !