Et tu vas rester longtemps ?
Le pied qui pend au bout de ma jambe est comme une main. Ce n’est pas mon pied. Les ventilateurs sont de retour, propageant leur vent moite dans les chevelures ébouriffées. L’après-midi s’étire, horizontal, baigné du soleil de l’indolence. Les possibilités de la ville s’étalent comme au long des pages d’un livre. Des intérieurs coloniaux aux murs jaunes et verts, de la pastèque glacée. Oui, je sais bien que ces buffles ne sont pas à moi. Mais il y a des rêves que je comprends.
Le ciel s’étire, long, tendu, il y a des photos accrochées au mur. Des photos d’amis qu’on ne reverra jamais, et le dessin d’un bonze, la tête nue. J’ai parcouru ces rues, me suis assise sur les petits tabourets de plastique bleu. J’ai acheté du pop-corn, des épis de maïs, et du taro chaud, du riz gluant et des fleurs aux marchands ambulants. Mais on me regarde toujours dans les rues, trop cao to, da qua trang. Mes promenades sont-elles condamnées à être ponctuées de « tây, tây », de cris de chouette et de regards torves et moqueurs ? Alors je ne veux pas rester. Suis-je condamnée à comprendre mais à ne pouvoir accepter ? Voir mes amis un à un se marier comme on va au marché puis regrette son achat ? Entendre les gens parler dans ma face ? Alors je ne veux pas rester ! Je ne veux pas rester.