Where the cold wind blows

Et il dit ce n’est pas la mer mais la rage qui pend aux asticots de nos envies ; Et nous courrons, nous mourrons, ravis de cette impermanence sans autre esclave que nous même, à jamais dans l’illusion du retour, de la révolution des chimères humanitaires. Sonny, du haut des ses vingt-trois ans, réunit fort bien le dilemme son pays : agir ou vivre ; Agir ou vivre car le maelström qui nous entoure et nous phagocyte n’a pas de pitié ; tel un monstre à mille têtes il perce nos conspirations, jette au bagne, torture nos compagnons. Alors vingt-trois, vingt quatre ou même quarante ans, est-ce trop tôt pour mourir, mais vivre pour quoi, pour vivre comme un fantôme, un reliquat de soi même, moins encore qu’un avatar, une bête de somme ? Alors les plus courageux se précipitent dans les geôles sous les fers, à même le sol d’un chenil désaffecté qui sent encore la merde des chiens militaires ; Les mêmes chiens qui t’on arraché un bout de mollet ce jour fatidique, excités par leurs maîtres à la hargne indélébile. Si au moins tu pouvais faire du commerce tu oublierais, tu te jetterais dans l’argent, l’amas, tel tes voisins communistes, tu capitaliserais jusqu’à la moto, la voiture, l’air conditionné, la maison, les études à l’étranger pour ton fils, i-pod vissé à l’oreille, pour ta grand-mère un autel en bois précieux et après qu’importe la liberté… Mais voilà, tu n’as pas la distraction et j’espère même pas le goût de t’enrichir, alors il ne te reste que le combat, la misère et le combat, la honte ou le combat, des coups contre rien, tu sais qu’à la fin de toute façon tu n’auras rien, un mince espoir peut être, une farandole, la page des libération qui s’allonge dans les rapports internationaux. Mais aujourd’hui tu as faim, ta haine étanche ta soif mais ton ventre demande des coups. Alors tu écris dans le journal (intime), tu parles aux étrangers, tu chantes des chansons, avec trois amis à voix basse pour commencer. Leurs paroles t’effraient, tu sais qu’elles te menacent, elles sont sorties de ta mémoire pour t’entourer, et elles dansent, dansent autour de toi, dans un pogo frénétique, elles remontent en vrille des chevilles jusqu’au nombril, elles te prennent tout et l’envie de courir, de baiser, elles apaisent ta faim et te demandent de hurler. Alors tu hurles, seul face aux loups, tu hurles et les matraques couvrent ta voix. Mais ton corps ne connaît plus la peur, ton âme est une plaie sur laquelle sans cesse tu jouis de frotter du sel et de la soude. Ton corps si grand et maigre, ton corps brun, autant tanné par le soleil que par les coups, tu le trimbales de bar en bar, à la recherche d’oreilles dissidentes à qui hurler tes chansons. My girl, my girl, where will you go, I’m going where the cold wind blows.